Croquer le terrain... et montrer la vie des projets !

En décembre 2017, Aurélie Neyret s'est rendue avec MSF dans la maternité de Khost en Afghanistan pour réaliser une BD qui montrerait de l'intérieur la vie des femmes qui viennent y accoucher et des équipes qui y travaillent. Mais avant de créer des planches dans son atelier, elle a produit sur le terrain de superbes croquis qui sont l'occasion de partager son expérience et de montrer avec finesse les visages de la mission.

La réalisation d'un projet Ink Link prend du temps. Pour que le résultat final soit touchant, les artistes doivent rencontrer les acteurs de terrain, assister au quotidien des projets... C'est seulement après ces étapes qu'ils pourront écrire et illustrer un scénario!

Cependant, lors des missions de terrain nos artistes remplissent souvent des carnets de croquis qui sont des témoignages pris sur le vif. Partager ces dessins, c'est aussi l'occasion de développer une campagne ponctuelle, sur les réseaux sociaux par exemple, qui permettra de montrer une autre face du quotidien des ONG ou Institutions.

Les carnets d'Aurélie sont une belle illustration des possibilités qu'offrent le carnet de croquis. Les images et leurs commentaires ont été postées entre le 5 et le 27 décembre 2016.

 

Et voici son récit:

Aujourd'hui, je suis allé à l'hôpital Dasht E Barchi à Kaboul, dans une zone avec une grande communauté Hazara. Ces derniers sont une minorité ethnique en Afghanistan, ils ont de fortes origines asiatiques et sont Chiites.
Ils sont moins conservateurs que d'autres groupes ethniques (en ce qui concerne évidemment les normes afghanes), ce qui m'a permis de me promener librement partout et de parler à de nombreuses femmes avec l'aide de traducteurs, même à la salle d'accouchement.

Là, j'ai vu quelque chose de brut, d'ancien, de fragile et de beau. J'ai été témoin de la force incroyable des femmes. Ces dames sont des guerrières... Vraiment ! J'ai vu la bataille pour la vie telle qu'elle existe depuis toujours.
J'ai entendu le premier cri d'un bébé dans ce monde.

J'ai vu un enfant en train de naître. : ')

 

 

J'ai vu la première rencontre de ce petit garçon avec le monde. En Afghanistan, ils ne nomment les bébés qu'après quelques heures ou quelques jours, il n'avait donc pas encore de nom. Moqadisa est le nom de la maman. J'ai aimé la solidarité crée par la présence uniquement féminine dans la salle. Quand il est né, Caitlin (la responsable de la communication de MSF) et moi nous sommes naturellement tenu la main et j'ai versé une petite larme.

 

 

 

Cette petite fille était en soins intensifs car elle ne pouvait pas encore respirer seule normalement

 

 

 

Le personnel local était incroyable. Certaines de ces femmes ont des histoires terribles (comme leurs maris forcés d'aller en tant que réfugiés en Europe parce qu'ici ils sont enlevés, et parfois pire, par les talibans). J'ai photocopié mes croquis pour les donner en souvenir et elles étaient heureuse! C'était émouvant de voir à quel point elles se souciaient des patients, leur tenant les mains et touchant doucement leur front, comme le ferait une mère.

 

 

 

“Zoor” signifie "pousse”

 

 

L'accouchement... les femmes étaient courageuses ! Elles criaient ou pleuraient à peine, même pendant les parties les plus difficiles comme l'épisiotomie avec seulement de la lidocaïne...

 

 

 

Carmel est une australienne travaillant à l'hopital

 

 

 

Une journée plutot intense !

Quelques croquis à l'hôpital MSF Afghanistan Ahmed Shah Baba à Kaboul.

Situé dans un quartier très pauvre, cet hôpital n'est pas seulement une maternité. Les habitants y vont aussi pour être vaccinés ou pour consulter un docteur quand leurs enfants sont malades.
Cette fois encore, l'équipe MSF, expatriés et locaux, est inspirante et passionnée, avec de nombreuses anecdotes, joyeuses ou plus tristes.
Je n'ai pas pu y passer beaucoup de temps pour des questions de logistique mais demain, une nouvelle destination m'attend... Si tout se passe comme prévu, ce qui n'est jamais sûr en Afghanistan !

 

 

De tout jeunes bébé avec un début difficile... Mais entre de bonnes mains!

 

 

Elle le découvrira bien assez tôt docteur !

Docteur Momen est le fier papa de 4 enfants dont 3 filles. Et devinez quoi ? Elles veulent toutes devenir docteur plus tard !

 

* Regardez cette petite fille... Elle n'a pas encore conscience de tous les obstacles qu'elle devra affronter n'est-ce pas?

 

 

 

Le petit Khairullah agé de seulement 19 jour a souffert d'une infection... Mais il a déjà récupéré et sera autorisé a rentrer chez lui le lendemain !

 

 

 

Une mère attendant que son enfant aille mieux

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Tellement de couleurs !

 

 

La banlieue de Kaboul Est

La maternité Médecins Sans Frontières de Khost est une des plus grandes au monde. Ces dernières 24 heures, ils ont eu 83 naissances, une vraie usine à bébés !
Nous sommes à 30 kilomètres de la frontière du Pakistan, dans un territoire pachtoune. C'est un groupe ehtnique très conservateur, être une femme ici est une lutte constante, dès le moment où elles naissent. Chaque femme ici est une battante, et pourtant elles sont toutes très accueillantes, aimantes et attentionnées. Mon coeur les remercie infiniment chaque seconde.

Le travail de MSF dans cette communauté agit sur la santé bien sûr, grâce à un endroit sûr pour accoucher et une grande qualité de soins mais il impacte aussi la vie sociale. Médecins sans frontières est le premier employeur de femmes dans cette région. Habituellement les femmes ne travaillent pas ; ici nombreuses sont celles qui viennent de villages défavorisés, elles y trouvent un accès à un travail et à une éducation. Elles commencent par des heures de ménage puis s'inspirant des autres, elles se dépassent pour devenir sages-femmes. Tout ceci, en élevant parallèlement leurs propres enfants. Elles créent entre elles de très fortes relations, comme des soeurs.

Je suis aussi très émue par le lien entre l'équipe d'internationaux : 2 hommes et 10 femmes déterminés de 26 à 70 ans, qui viennent de 8 différents pays et qui font vivre ce lieu avec tellement d'énergie et d'amour !

 

 

On est là...

 

Respecter la culture locale et la religion est crucial. Tout ce que Msf fait, notre sécurité aussi, dépend de l'acceptation de la population et de notre bonne réputation. Chaque progrès est un processus  lent pour établir la confiance et montrer aux gens les avantages d'améliorer l'accès à la santé

 

 

Une des sages-femmes, un vrai soleil, toujours en train de chanter et de nous étreindre, en souriant tout le temps. Ce matin elle a cueilli une petite rose du jardin et l'a piquée dans mes cheveux

 

Les bébés sont plus à l'aise lorsqu'ils sont enveloppés et cela les rend encore plus adorables.

 

 

 

Une autre sage-femme

 

 

 

Les nouveau-nés restent à la maternité pendant au moins 6 heures. MSF fournit également la vaccination, la promotion de la santé et la planification familiale.

 

 

Esther est originaire du Kenya et elle supervise les sages-femmes. Juste en la regardant, vous pouvez voir à quel point elle aime ces filles.

 

 

Khost ville. Malgré les murs colorés de l'enceinte, c'est toujours un pays de guerre. Mais comme partout ailleurs, la vie continue.

 

 

Ciel bleu clair, routes poussiéreuses et majestueuses montagnes.

 

 

Notre véhicule.

 

 

 

Certains patients viennent de très loin. De notre point de vue privilégié, il est facile d'oublier que dans de nombreux endroits du monde, en particulier dans les pays en guerre, les gens risquent leur vie pour avoir accès aux soins de santé.

 

 

 

Un Nouveau-né. Sa maman saignait beaucoup, mais finalement elle s'est bien remise...

L’Afghanistan a un des taux de mortalité infantile et maternelle les plus élevés au monde. Parlons des héros du quotidien qui travaillent ici, à la maternité Médecins sans frontières de Khost, et donnent aux femmes et aux bébés les chances qu’ils méritent.
L’éducation est un autre axe très important du projet, il est crucial d’augmenter le nombre de personnes locales qualifiées pour améliorer durablement la situation. C’est une belle leçon d’humilité de les voir tous travailler si dur et transmettre leurs connaissances.

 

 

 

La promotion de la santé est un aspect important du projet. Il ne s'agit pas seulement de donner soins dans la maternité, il est également important d'améliorer les comportements à la maison.

 

 

 

Pour beaucoup de femmes, travailler ici est aussi une opportunité de se faire des amies, ce qui est nouveau dans de nombreux cas. Habituellement, les femmes ne vivent qu'avec leur famille.

 

 

Gulia est l'un des gynécologues expatriées. Elle encourage constamment ses infirmières d'une manière très pédagogique. Pour moi c'était la première césarienne, fascinant!

 

 

Judith, l'anesthésiste, est inspirante. Elle a aidé des femmes à donner la vie plus longtemps que je ne vis !

 

 

Le département des patients hospitalisés est l'endroit où les femmes et les bébés se reposent pendant au moins 6 heures après l'accouchement.

 

 

Travailler dur pour devenir médecin. Lorsqu'on leur demande ce qui a inspiré cette ambition, la plupart des gens répondent que, ici en Afghanistan, le besoin de médecins qualifiés et de personnel médical est énorme.

 

 

Une visite à la salle de néonatologie, où les bébés prématurés sont sous la garde des pédiatres. Ces bébés nés à la maison n'auraient eu aucune chance de survivre, mais ici, 4 bébés sur 5 sont sauvés.

 

 

Il y a quelques semaines, des quintuplés sont nés à la maternité. L'un d'entre eux n'a pas survécu, mais c'est toujours un miracle que les 4 autres soient là, en train de se battre. Ils ont gagné des forces au cours des dernières semaines.

 

 

Dans le service néo-natal, les mères jouent également un grand rôle, nourrissant leurs bébés toutes les quelques heures. Cette belle dame a donné naissance à de petites filles jumelles, qui pesaient moins de 2 kilos, mais maintenant l'une d'elles a déjà pris assez de poids pour rentrer à la maison, et l'autre grossit de jour en jour.

 

 

Un des bébés miniature

 

 

Parfois il y a aussi de bonnes surprises! Cette petite fille est née à 34 semaines, tout le monde s'attendait à ce qu'elle soit trop petite mais elle était déjà si grande et si vive qu'elle n'avaitmême pas besoin d'aller au service néo-natal! Une petite force de la nature.

 

 

Entre 60 et 80 naissances par jour, la salle d'accouchement peut être vraiment bondée.

 

 

Certaines sages-femmes accouchent ici, là où elles travaillent. Celle-ci nous a dit qu'avant d'avoir son premier enfant, elle ne se rendait pas compte de la souffrance des patientes et de l'intensité du travail qui leur était demandé. Maintenant, elle sera même une sage-femme meilleure et plus compatissante.

 

 

Giulia forme certaines sages-femmes de l'hôpital provincial de Khost et des centres de santé communautaires soutenus par MSF.

 

 

Avec l'aide d'une bonne gynécologue anglophone

 

 

Ma première fois dans une salle d'opération ! Le corps humain est incroyable !

A Khost, les hommes et les femmes sont séparés. Cela signifie que la majorité des équipes est féminine : sages-femmes, médecins, nettoyeuses, pharmaciennes, promotrice de la santé, infirmières. Ceci étant dit, les hommes jouent un rôle important pour la sécurité et la santé des femmes.

Chaque fois qu’une femme vient à la maternité, un proche masculin l’attend dans un espace à part jusqu’à ce qu’elle soit prête à rentrer chez elle, ou s’il y a besoin d’une décision concernant une opération vitale comme une césarienne. Ils sont aussi, comme les patientes, éduqués sur l’importance de l’accès aux soins médicaux, de l’allaitement et de la planification familiale.
Evidemment, des docteurs et d’autres professionnels participent aussi au bon fonctionnement de la maternité.

 

 

Abdul Rahim est le responsable de la promotion de la santé de MSF à Khost. L'une de ses nombreuses tâches est de discuter avec les aînés tribaux pour trouver des zones dans la communauté où les équipes de MSF peuvent sensibiliser la population locale en ce qui concerne les dangers pendant la grossesse et l'accès aux soins.

 

 

Avec sa barbe de feu, Barakat Shah éduque directement les accompagnateurs masculins quand ils emmènent leurs femmes enceintes, soeurs, belles-filles à la maternité

 

 

Un accompagnateur qui a amené sa belle-fille de très loin. La réputation de la maternité de MSF s'est répandue dans la région.

 

 

Ce jeune homme a beaucoup appris pendant la session de promotion de la santé !

 

 

Beaucoup de ces jeunes garçons sont nés dans la maternité de Khost !

 

 

Docteur Rahmatullah travaille à la salle néo-natale, où il prend soin des bébés les plus vulnérables.

 

 

Quand j'ai demandé au Docteur Akbar s'il travaillerait ailleurs s'il en avait l'occasion, il m'a dit qu'il ne le ferait pas, parce que son peuple a besoin de lui ici.

 

 

Dr Zarif adore prendre soin des jeunes bébés

 

 

Docteur Fazar Rahman est un jeune anesthésiste qui travaille dans la salle d'opération.

C’est important de développer un réseau de lieux dédiés à la santé où plus de personnes pourront accéder à des services de qualité, une maternité ne suffit pas pour les besoins de la région. Avec ses 5 centres communautaires autour de Khost, Médecins sans frontières soutient d’autres organisations, appelées OHPM, pour former les sages-femmes locales qui travailleront dur à fournir les meilleurs soins possibles aux femmes et enfants de la région.

 

 

Joyce vient du Kenya, elle est la superviseur des sage-femme, elle les forme de la communauté locale à la maternité à Khost et les visite également dans les centres de santé communautaires quand elles retournent au travail.

 

 

Ces Incroyables beautés afghanes sont des trésors cachés.

 

 

Beaucoup de jeunes enfants viennent au centre de santé (en dehors de Khost) avec leurs parents pour un traitement, car ce n'est pas uniquement une maternité, mais également un centre de soin plus général.

 

 

Cette petite fille est venue avec ses parents et son jeune frère pour la vaccination

 

 

Ce garçon se protégeait du froid mordant et de la poussière

 

 

L'arrère pays en chemin vers Gurbuz

 

 

Les sages-femmes apprennent, travaillent, vivent ensemble pendant leurs longues périodes de travail.