Promouvoir l'agriculture sensible aux enjeux nutritionnels au Laos

dialogue communautaire
Santé / alimentation

The Ink Link s’est associée à l’agence française de développement pour imaginer un outil expliquant le projet d’agriculture sensible aux enjeux nutritionnels aux habitants du nord du Laos.

L’Agence française de développement (AFD), l’Union Européenne et le ministère de l’agriculture au Laos sont à l’initiative de ce projet. L’AFD finance, accompagne et accélère les transitions vers un monde plus juste et durable. Climat, biodiversité, paix, éducation, urbanisme, santé, gouvernance… : les équipes sont engagées dans 115 pays, notamment depuis 25 ans au Laos.

Avec ce projet, l’AFD se concentre sur la sensibilisation à la nutrition et aux pratiques agricoles durables. En effet, dans la région, les habitants font face à un manque d’aliments diversifiés, à de mauvaises pratiques alimentaires, liés à de faibles revenus. L’enjeu est donc d’arriver à une production plus variée et plus saine des aliments pour améliorer les conditions de vie générales.

Ce programme NUSAP (Nutrition Sensitive Agriculture Project) couvre  4 provinces de Luang Prabang soit près de 400 villages. Il vise spécifiquement les groupes plus vulnérables comme les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants en bas âge. Concrètement, l’objectif est de réussir à les informer des actions mises en place, de leur rôle à y jouer et des pratiques agricoles sélectionnées. Dans les villages concernés, une bourse sera distribuée par participante et devra être investie à la fois dans un projet familial et dans un projet communautaire.

 

C’est ici que The Ink Link entre en action ! 

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Comment communiquer avec un public qu’on ne connait pas ? Avec des habitudes culturelles et alimentaires différentes ? La meilleure solution est d’envoyer une équipe sur le terrain à la rencontre de habitants concernés par le programme.

Le premier déplacement s’est donc organisé autour de Laure Garancher, experte en projet de développement et dessinatrice, et d’Olivier Coldefy, psychologue expert. Les enjeux de cette mission étaient la rencontre des équipes locales et du terrain ainsi que l’observation et l’analyse socioculturelles des pratiques agricoles et alimentaires. Sur place, l’équipe utilise le dessin comme outil de médiation. En réalisant des portraits des habitants, ils recueillent témoignages et informations clés sur leurs habitudes et leurs attentes.

Les premiers échanges avec l’AFD avaient fait présupposé que The Ink Link produirait des guides pratiques agricoles : comment organiser un potager, un poulailler… Mais les échanges avec le terrain montrent que les freins sont ailleurs ! Les paysans savent comment travailler les champs, mais les changements culturels récents ont modifié profondément leurs habitudes : déplacement de populations par les autorités, création de nouveaux villages où différentes ethnies sont mélangées, passage à une agriculture commerciale via la Chine… Beaucoup de villageois sont perdus et ont du mal à s’investir dans un nouveau programme qui représenterait plus de travail agricole.

Au retour, les équipes The Ink Link en concertation avec l’AFD délimitent leurs actions : un premier document de présentation générale du projet sera créé en infographie aussi bien pour les équipes administratives que le terrain. Une deuxième création prendra ensuite le relai : une fiction dessinée à destination des habitants qui leur montrera les effets bénéfiques du projet à long terme tout en leur expliquant simplement comment se déroule la participation. 

Quelques mois plus tard, une deuxième mission se met en place avec le déplacement d’un auteur de bande dessinée, scénariste et dessinateur, pour ce 2e support. À son tour, il ira sur le terrain pour échanger et surtout construire son récit à partir de la situation réelle. Cette mission est détaillée dans l’article suivant .

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Le dessin a été un outil déterminant aux deux étapes de ce projet. Lors de la première mission d’analyse et diagnostic, il a permis de recueillir des données essentielles en créant du lien avec les habitants. Lors de la deuxième mission, il s’adapte à ses lecteurs et leur communique une information adaptée et pertinente.

Jean Dytar nous avait déjà fait voyager en Iran avec Le sourire des marionnettes et aux Amériques avec Florida. Scénariste, dessinateur, passionnée d’histoire, il sait adapter ses romans graphiques au style, à l’époque et à la culture donnée. Engagé au sein de The Ink Link depuis le début, c’est tout naturellement que cette mission lui a été confiée.

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Lors de la mission en immersion, une idée est centrale : l’histoire doit intégrer les bénéficiaires du programme, les femmes enceintes ou avec de jeunes enfants. La bande dessinée doit les aider à se projeter dans un projet agricole sur le long terme et répondre à leurs questions.

L’auteur choisit alors une mère enceinte comme personnage principal : soucieuse de la santé de son aîné, elle va chercher des conseils pour que son bébé à venir soit en bonne santé. La grossesse permet aux lectrices de se projeter dans le futur et elle marque visuellement les différents moments du récit. 

Jean Dytar présente ensuite ce premier récit crayonné de 7 pages dans les villages visités et vérifie que les informations sont bien comprises : sens de lecture des cases, représentations de l’équipe NUSAP etc. Il adapte les vêtements et les bâtiments en fonction des retours et des observations.

L'histoire intègre un visuel central en pleine page qui résume toutes les activités agricoles. Cette page permet de visualiser concrètement les différentes options proposées aux villageois et elle peut être utilisée indépendamment pour présenter l'ensemble du projet. 

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La BD réalisée est imprimée localement et distribuée par les référents locaux. Elle complète des affiches et livrets d’informations plus techniques. Elle accompagne le lancement du projet : lue aux premières réunions, elle aide à lancer les discussions puis à faire le choix d’une pratique agricole.

Face aux réactions positives et à son efficacité, deux nouveaux épisodes ont été définis : le protection des zones de pêche et le fonctionnement des banques de riz. Jean Dytar connaît maintenant bien le terrain et peut dessiner les environnements depuis chez lui. Les échanges entre experts techniques, agents de terrain et l’auteur permettent d’assurer la justesse du message.  Au final, ce ne sont pas moins de trois histoires, avec des personnages récurrents, qui sont réalisées pour faciliter les choix des habitants en abordant différentes techniques agricoles.

 

En résumé, la méthodologie The Ink Link :

--> Il est important de réfléchir en amont aux problématiques à traiter, mais c’est le plus souvent l’immersion sur le terrain qui permet de comprendre quel sera l’outil à créer. La vision des populations ciblée est souvent très éloignée de celle des experts techniques et il ne faut pas négliger cette étape.

--> Lors de la phase d’immersion le dessin permet de facilement s’intégrer dans la population locale : on offre des portraits, on peut réaliser des schéma et voir s’ils sont compris, on montre que l’on s’intéresse à l’environnement… La pluridisciplinarité des équipes Ink Link (artistiques, sociologie, Psychologie) permet d’aborder le sujet différemment.

--> La phase d’appropriation de l’environnement par l’artiste est essentielle pour trouver le ton juste et s’assurer que le lecteur final comprendra bien les codes de narration. La lecture des images n’est pas universelle et l’artiste doit s’adapter à « l’alphabétisation visuelle de son public ». Pour cela plusieurs allers-retours sont souvent nécessaires au moment des storyboard entre l’artiste, les experts techniques et le terrain.